Échauffourées OGCN - OM : la tribune populaire sud fermée par le préfet, un supporter niçois interpellé

(Photo twitter OGCN)
Rebondissements en série ce lundi soir, presque vingt-quatre heures après les violences commises au stade Allianz Riviera. Un homme a été arrêté et placé en garde à vue, confirme le procureur de Nice, soupçonné de violences sur le joueur marseillais Dimitri Payet. Le préfet annonce la fermeture de la tribune populaire sud pour quatre rencontres et la mise en place d’un filet anti-projection.
Après une longue interruption, les joueurs niçois sont revenus sur la pelouse pour reprendre le match. Mais pas les Marseillais qui ont estimé que les conditions de sécurité n’étaient pas assurées. - Photo twitter OGCN

Au lendemain de l’envahissement de la pelouse du stade niçois par des supporters et de la bagarre générale qui a suivi, les choses s’accélèrent.

Un supporter niçois a été interpellé, en fin de journée lundi, confirme le procureur de Nice, Xavier Bonhomme. Soupçonné de violences sur le joueur marseillais Dimitri Payet, il a été placé en garde à vue.

Le magistrat a précisé, ce lundi après-midi, qu’une enquête préliminaire a été ouverte pour des motifs témoignant, s’il y avait besoin, de la gravité des incidents : « entrée sur une aire de jeu d’enceinte sportive troublant le déroulement de la compétition », « jets de projectiles présentant un danger pour la sécurité des personnes dans une enceinte sportive »,  « utilisation d’installation mobilière ou immobilière d’enceinte sportive comme projectile », « dégradations graves » et « violences volontaires aggravées commises à l’occasion d’une manifestation sportive ».

Selon lui, ces actes « sont punissables, au maximum, des peines de 3 années d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende en plus de celle, complémentaire, d’interdiction de pénétrer dans une enceinte sportive pour une période de 5 années ».

Les policiers de la Sûreté départementale des Alpes-Maritimes ont été chargés des investigations. Ils doivent notamment examiner les nombreuses images de vidéosurveillance pour identifier les personnes impliquées dans ces violences. Les éventuelles responsabilités des supporters des deux clubs ainsi « que celle, le cas échéant, des joueurs ou membres de l’encadrement des équipes impliqués dans des actes de violences » sont examinées.

En attendant, le préfet des Alpes-Maritimes a tranché en soirée : la tribune populaire sud, où ont éclaté les incidents, se retrouve fermée pour les quatre prochaines rencontres à domicile. Un filet anti-projection, réclamé un peu plus tôt par le club niçois, sera « mis en place dans les meilleurs délais ».

Le représentant de l’Etat écarte toute polémique sur d’éventuels manques d’effectifs policiers lors du match. « Compte tenu du niveau de risque, plus de 250 policiers et gendarmes ont été mobilisés sur l’événement. Pour l’occasion, une compagnie républicaine de sécurité (CRS) et un escadron de gendarmerie mobile (EGM) sont venus renforcer les unités du département. Plus de 30 policiers municipaux étaient en outre engagés. Le club avait mobilisé plus de 750 agents d’accueil et stadiers » détaille-t-il. Des effectifs suffisants pour empêcher des affrontements directs entre les supporters, selon lui, tout en protégeant les 30 000 spectateurs.

Alors que la fête s’annonçait belle avec un stade à guichets fermés et une ambiance inédite depuis la crise du Covid-19, tout a basculé après plusieurs jets de bouteilles dont un qui a atteint le dos du joueur de Marseille, Dimitri Payet, à la 74ème minute. Celui-ci a renvoyé le projectile en direction des supporters niçois qui sont ensuite descendus sur la pelouse occasionnant une confuse bagarre générale et des violences. 

La partie a été interrompue jusqu’à ce que les autorités donnent leur feu vert pour la reprendre. Les joueurs de l’OM n’ont pas voulu revenir sur le terrain ce qui leur a fait perdre théoriquement la partie 3-0. 

« Nous approuvons pleinement la décision de fermeté prise par la direction de l’Olympique de Marseille »

Les supporters de l’OM South Winners 1987

Les deux clubs sont convoqués pour s’expliquer, mercredi, devant les instances disciplinaires de la Ligue de football professionnel qui décidera d’éventuelles sanctions. Celles-ci pourraient être très lourdes.

Chacun des deux camps, que tout oppose après ces heures agitées, fourbit ses arguments. Le président de l’OM, Pablo Longoria, très remonté, estime que ses « joueurs ont été agressés » et qu’il n’était aucunement question de retourner sur le terrain après l’interruption. « Nous approuvons pleinement la décision de fermeté prise par la direction de l’Olympique de Marseille (…). Si les joueurs avaient repris et que nous aurions marqué devant cette tribune de barbares, qu’en serait-il advenu ? » s’interroge le groupe de supporters marseillais South Winners 1987.

Un avis que ne partage pas le dirigeant de Nice, Jean-Pierre Rivère. S’il condamne les jets de bouteilles des fans niçois, il dénonce les agissements adverses : « L’OGC Nice sort renforcé dans son jugement sur le rôle joué par la délégation marseillaise. Joueurs, entraineur, staff, dirigeants, et personnel de sécurité de l’OM n’ont eu de cesse d’envenimer la soirée. Là où il est de la responsabilité des acteurs de l’apaiser, comme l’ont fait les Aiglons et Christophe Galtier. (…) Il n’en demeure pas moins que le point de bascule est l’attitude irresponsable de plusieurs membres du club marseillais. »

« A l’avenir, toute personne membre du groupe dont le comportement pourrait porter préjudice au groupe et au club, sera exclue »

Les Ultras Populaire Sud Nice

L’affaire fait grand bruit jusqu’aux personnalités politiques. Le maire de Marseille, Bruno Payan, soutient la décision des Provençaux de ne pas avoir repris le match et dénonce « une mascarade ».

Son homologue de Nice, Christian Estrosi, souhaite que des décisions soient prises. Il pointe « le comportement de certains supporters, inqualifiable », mais aussi  «  celui du président de l’OM en tribune et celui de l’entraîneur sur le terrain. » L’élu azuréen s’insurge également contre « un individu réalisant des gestes antisémites et un salut nazi » vu dans une vidéo sur les réseaux sociaux. « C’est ignoble. Il n’a rien à faire dans un stade et salit notre maillot » dit-il.

Alors que les regards se portent vers eux depuis dimanche, les Ultras Populaire Sud Nice condamnent « fermement les jets de projectiles ainsi que l’envahissement du terrain ». « A l’avenir, previennent-ils, toute personne membre du groupe dont le comportement pourrait porter préjudice au groupe et au club, sera exclue. »

Accusée par certains d’avoir voulu faire reprendre la rencontre coûte coûte dans des conditions potentiellement périlleuses, la Ligue de football professionnel affirme, ce lundi soir, qu’elle s’est alignée sur la décision « prise, au sein de la cellule de crise, par le Préfet des Alpes-Maritimes afin de garantir l’ordre public et la sécurité des 32 000 spectateurs présents dans le stade. »

Chez les représentants des joueurs, la colère prédomine. L’Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP) envisage ainsi de se porter partie civile en fonction des résultats de l’enquête. « Parce que s’attaquer ainsi à l’intégrité physique des footballeurs dépasse les limites du supportable » argumente le syndicat.

Quoi qu’il en soit, les images de ces incidents choquent depuis, dimanche soir, les amateurs de football dans de nombreux pays en Europe. Et laisseront des traces.